L’engagement politique d’un médecin praticien

Extraits de « Allo Docteur, la France est malade »

écrit en 2002(non publié)

 

Pourquoi vouloir intervenir à titre personnel dans le débat sur l’avenir de notre système de protection sociale et de l’organisation des soins et d’une façon plus générale sur l’évolution de notre société ?

Notre système de Santé et de protection sociale est devenu obsolète et il faut avoir le courage de changer les règles du jeu pour le rendre de nouveau efficace en conservant l’état d’esprit du Général de Gaulle et de ses collaborateurs qui ont su le créer à la fin de la dernière guerre mondiale.

Nos responsables politiques sont complètement dépassés par la conjoncture économique qui est défavorable avec un chômage et surtout un vieillissement de la population qui portent en eux les germes d’une véritable révolution avec le risque d’implosion des régimes de retraite. Ils se refusent à prendre les décisions nécessaires pour des raisons électoralistes à court terme et il est évident que la solution qu’ils ont choisie est la maîtrise comptable des dépenses de Santé en rejetant la responsabilité de l’excès des dépenses sur les médecins prescripteurs. L’embellie économique qui a touchée la France comme le reste de l’Europe pendant quelques mois n’a pas modifié cet état d’esprit. De toute façon il ne faut certainement pas occulter à cette occasion le débat de fond que nous devons avoir sur l’avenir de notre société car les dettes de la France sont considérables et l’avenir économique est incertain.

Il faut bien reconnaître que les politiques ont beau jeu de mettre les médecins au premier rang des responsables car nous profitons du système en refusant toute responsabilité et nous sommes incapables de faire une véritable évaluation de nos pratiques, et encore moins de proposer un système de rechange.

Il est vrai qu’il est dangereux de vouloir faire progresser notre société, car cela remet forcément en question des habitudes et surtout des privilèges acquis dont les détenteurs ne sont pas des anges et qui peuvent user de leur pouvoir et de leur influence pour nuire personnellement à ceux qui auraient l’impudence de les remettre en question.

La solution la plus raisonnable pour un médecin est probablement de réussir dans son domaine en s’attachant la fidélité d’une clientèle par ses qualités professionnelles et en utilisant au mieux la conjoncture, sans se préoccuper des autres. C’est abandonner le futur aux aléas de la politique électoraliste, aux intérêts des lobbies, des réseaux d’influence et des syndicalistes professionnels, au détriment des soignants et surtout des malades, en un mot de l’intérêt général.

La vocation d’un médecin est de soigner et de faire progresser la connaissance médicale. Son éthique est de mettre ses compétences au service des autres en utilisant les moyens disponibles de la façon la plus équitable, sans restriction, ni discrimination en respectant le serment d’Hippocrate. Son devoir est d’intervenir dans le jeu politique pour essayer de conserver et d’améliorer la qualité de la prise en charge médicale et sociale en prenant en considération l’évolution de l’ensemble de notre société, même si les domaines concernés ne sont pas de sa compétence professionnelle.

Il faut absolument que les médecins et tous les soignants participent activement aux débats des idées qui serviront de matrice à l’évolution des mentalités. Il faut sortir des jérémiades habituelles faisant croire que notre système est mauvais et que cela se passe mieux chez les autres. Il faut sortir de la démarche analytique qui débouche sur aucune solution concrète constructive. Il faut cesser d’avoir une réflexion nombriliste et corporatiste et penser avant tout à l’intérêt général, en se rendant compte que chaque proposition a des avantages et des inconvénients, que chaque proposition a des effets secondaires sur l’ensemble de notre société, que chaque proposition doit être réfléchie au sein d’une démarche beaucoup plus large, touchant des domaines très divers. Enfin l’expérience humaniste et concrète des soignants peut aussi s’appliquer à des domaines de politique générale où les politiques professionnels sont souvent noyés par des considérations électoralistes à courte vue.

C’est cette démarche que j’ai menée dans ma pratique quotidienne depuis le début de ma carrière professionnelle en essayant de résoudre de façon ponctuelle les difficultés auxquelles j’étais confronté, aussi bien dans le fonctionnement de l’Hôpital que dans la prise en charge des plus démunis avec la naissance du quart-monde dont les phénomènes d’exclusion se sont amplifiés depuis les années 1980.

L’action sur le terrain et l’écriture de rapports ont toujours eu ma préférence à l’action syndicale et à la grève des soins. Le refus de l’administration de prendre en charge les étrangers non solvables, l’absence de structures adaptées pour les adolescents délinquants, le respect de la Convention des droits de l’enfant de 1989, l’absence de représentation du mécénat populaire dans les hôpitaux ont été les premiers sujets qui m’ont permis de travailler avec une administration beaucoup plus ouverte que le corps médical aux propositions novatrices.

C’est ainsi que j’ai eu l’occasion de travailler de façon concrète, en tant que Praticien hospitalier comme Chargé d’Etudes et Conseiller technique à la Direction des Affaires médicales de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris de 1988 à 1990. J’ai pu faire de véritables propositions sur le développement du mécénat associatif sous la forme d’Associations et de Fondations hospitalières, sur l’organisation des Urgences et l’avenir des hôpitaux de secteur, sur les alternatives à l’hospitalisation (hôpital de jour et hospitalisation à domicile), sur les carrières hospitalières, sur l’organisation du dossier médical et du secrétariat médical véritables charnières de la prise en charge des patients, sur la formation et la place des médecins étrangers,…. Ces propositions m’avaient souvent été inspirées par l’évolution des pratiques au sein de l’hôpital et par des voyages à l’étranger. Certaines de ces propositions ont fait leur chemin au sein de la communauté hospitalière car elles sont probablement arrivées à un moment propice ; d’autres ont été déformées et n’ont pas abouties à l’effet espéré ; d’autres enfin ont été enterrées sans avoir été vraiment discutées car elles remettaient en cause la féodalité du système hospitalier, en particulier médical, qui est la principale responsable de l’immobilisme actuel.

La préparation d’un Diplôme d’Etudes Appliquées en Santé Publique m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement de notre système de Santé et en particulier de l’Hôpital, en me confirmant que si les chiffres sont importants à prendre en considération, c’est surtout la compréhension des mécanismes structurels et de leurs effets sur la psychologie des intervenants, soignants et soignés, qui sont essentiels.

Hospitalier de vocation, les circonstances de ma vie professionnelle m’ont ouvert progressivement à la médecine libérale et j’ai choisi de partager mon activité entre l’Hôpital public et la pratique libérale en dehors de l’hôpital, qui sont tout à fait complémentaires.

Cette démarche a nourri ma réflexion car il est évident que la modernisation de l’Hôpital ne peut pas se faire de façon isolée. Si l’Hôpital est le centre de notre système de soins, il faut absolument le replacer dans une analyse qui tienne compte de l’ensemble de notre société car c’est elle qu’il faut faire évoluer dans son ensemble vers la modernité. Cette démarche est d’ailleurs beaucoup plus enrichissante. Elle est aussi beaucoup plus complexe car il faut prendre en compte toutes les composantes qui sont liées, de façon directe ou indirecte, avec le domaine de la Protection sociale et de la Santé. Elle conduit à sortir du domaine de la compétence médicale avec des propositions qui auront au moins le mérite de nourrir la réflexion générale.

 Ce document est un engagement et un travail personnel. Il n’engage que moi avec des mots simples qui feront peut-être sourire certains mais qui repose sur une l’expérience personnelle, familiale et professionnelle d’un homme de cinquante ans qui sait que la vérité risque de déplaire aux puissants. Il n’a pas la prétention de répondre à toutes les questions. Il est destiné à tous ceux qui sont intéressés par l’évolution de notre société. Critiquez le, commentez le, parlez en avec votre entourage. Faites vous-même cette démarche de réflexion qui est la seule qui pourra nous sortir de l’ornière dans laquelle nous sommes embourbés.

Il est urgent de prendre la parole en laissant tomber la langue de bois pour influer sur les décisions de ceux qui nous gouvernent en leur montrant que d’autres voies sont possibles.

Il est très important de le faire en ce moment car notre société est bloquée.

Plus de 30 ans après la révolution douce de Mai 1968, les responsables qui nous gouvernent n’ont toujours pas compris le sens caché de la phrase qui était écrite en lettres de feu sur le fronton de la Sorbonne « Il est interdit d’interdire ».

J’étais lycéen à l’époque et j’avais une grande admiration pour le Général De Gaulle qui était pour moi un visionnaire et un guide pour notre nation. Je ne partageais pas et je ne comprenais pas cette agitation qui dépassait complètement les clivages politiques habituels. Cette phrase avait interloqué mon esprit d’adolescent car je sentais qu’elle était très importante. En première lecture, elle pouvait vouloir dire que tout était permis. En fait il n’en était rien. Elle exprimait tout simplement l’espoir de changement d’une jeunesse qui n’avait pas connu les horreurs de la dernière guerre mondiale et qui voulait faire sauter les verrous et les préjugés de l’époque dans une société bloquée.

C’est en fait ce même espoir de changement qui a fait basculer les électeurs d’une majorité à l’autre depuis 1981, beaucoup plus que les véritables motivations politiques. Mitterrand a été le premier à utiliser ce mot magique, le changement. Il remplit à chaque élection les discours des candidats. Ils l’ont si bien compris que leur programme pourrait se résumer de façon caricaturale à ce seul mot, le changement.

En fait rien ne change. Notre société est à l’image du Journal officiel. Notre société évolue en multipliant les interdits et les règlements qui deviennent de plus en plus inintelligibles, réservés à une élite d’initiés qui se partage le pouvoir et les richesses de notre pays sans remettre en question les erreurs et les privilèges qui bloquent toute évolution.

Faut-il que nous arrivions de nouveau à une véritable révolution pour secouer les fondements de notre société comme le recommande Jacques Ellul ?

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