La Santé est un secteur économique et un acquis social à protéger


Allo Docteur, la France est malade (2002) 

Chapitre 3 – Considérations générales sur notre Système de Santé et de protection sociale et ses liens avec l’organisation de notre société

Les choix politiques en matière de Santé et de Protection sociale sont parmi les domaines les plus sensibles, au même titre que l’Éducation, le Logement, la Justice, la Sécurité et la Défense.

Nous en avons assez d’entendre les messages simplistes et réducteurs que font passer les politiques depuis une vingtaine d’années, quelle que soit leur tendance politique.

 « La Santé n’est pas un secteur producteur de richesse. »

« Le déficit de la Sécurité sociale est inacceptable et les médecins sont responsables de l’augmentation des dépenses de santé. « 

 Ces phrases ont été dites par des responsables politiques de premier plan et répétées en écho par des élus de majorités différentes et par des chefs d’entreprise en vue.

Il faut savoir que ces phrases sont inspirées par des économistes de la Santé qui n’ont pas hésité à dire en public, emportés par leur discours lors d’un Colloque sur la comparaison des systèmes de santé français et américain :  » il y a trop de médecins et il faut leur couper la tête  » ; ou encore  » un malade mort coûte moins cher qu’un malade vivant « .

L’aveuglement des gouvernements qui suivent de tels arguments en cherchant à diminuer de façon autoritaire l’offre de soins pour maîtriser les dépenses de santé n’a d’égal que celle des patrons qui soutiennent aussi cette maîtrise comptable pour diminuer leurs charges alors qu’ils réclament pour eux-mêmes la liberté d’entreprise.

La Santé est un secteur économique comme un autre avec un gisement d’emploi considérable, dans tous les secteurs : soins, industrie, bâtiment, transport, commerce, etc…

Il est vrai que nous devons chercher à utiliser au mieux les ressources qui sont à notre disposition et que le budget de la Sécurité sociale doit se rapprocher le plus possible de l’équilibre, mais sa vocation n’est pas d’être positif. Que dire des sommes fabuleuses qui ont été utilisées aux frais du contribuable pour renflouer les entreprises publiques de transports ferroviaire et aérien, d’informatique, d’assurance, de banque, etc……

Il faut rappeler que la Santé est un acquis social et que son amélioration est un progrès, à condition que les systèmes de soins restent accessibles pour tous et que l’effort financier nécessaire soit réparti sur l’ensemble de la population de façon équitable. Il est difficile d’admettre que l’augmentation des prélèvements dus aux coûts de santé soit toujours présentée avec une vision aussi péjorative.  Il s’agit en fait d’un véritable choix de société. Les dépenses de santé doivent être comparées aux autres dépenses des ménages ( transport, logement, alimentation, loisirs,…).

Il est vrai que les médecins, et tous les soignants, profitent directement de la Sécurité sociale qui leur apporte une garantie de revenu. Il est vrai que les médecins sont les prescripteurs et souvent les réalisateurs directs des actes de soins. Il est vrai que les médecins ont été formés en grand nombre dans les années 70-80, à une époque où les moyens attribués aux Universités étaient en rapport avec le nombre des étudiants inscrits et non avec les besoins de la population. La responsabilité des universitaires dans cette inflation a été souvent mise en avant par les politiques. Elle est réelle, mais elle est aussi partagée par ces mêmes politiques qui ont peut-être vu dans cette inflation un moyen de satisfaire les Doyens de Faculté tout en diminuant d’autant la place des médecins dans notre société, sans réfléchir à l’influence que cela pourrait avoir sur l’inflation des dépenses de santé.

Il est inutile d’accuser une corporation en particulier ou de mettre en cause le civisme des Français. C’est la politique menée par les élus et leurs conseillers qui se sont succédé depuis mai 1968 qui est responsable du système actuel.

C’est justement ce système qui est devenu obsolète, complètement dépassé par la conjoncture économique et le chômage, par l’évolution socioculturelle de l’ensemble de notre société et la baisse de la natalité, par l’importance de l’immigration et d’une façon plus générale par la place de la France sur la scène internationale.

 Les dépenses de santé ont été augmentées par les progrès technologiques qui ont été considérables dans tous les domaines, aussi bien pour les médicaments, que pour les matériaux implantables et les moyens d’investigations, mais aussi et surtout par :

– le vieillissement de la population,

– l’importance de l’immigration incontrôlée notamment sur le plan sanitaire,

– l’émergence d’une grande pauvreté qui touche de plus en plus de femmes et d’enfants,

– le développement de la toxicomanie sous toutes ses formes, depuis l’alcoolisme et le tabagisme, jusqu’aux drogues les plus dures,

– l’apparition de nouvelles maladies contagieuses très dangereuses et coûteuses  comme le SIDA, ainsi que la résurgence de maladies contagieuses anciennes comme la tuberculose avec des formes résistantes à tous les antibiotiques connus,

– enfin, l’amélioration de la prise en charge de certaines maladies chroniques et héréditaires qui permet de plus en plus aux malades porteurs de diffuser les gènes responsables dans la population, supprimant complètement la sélection naturelle.

Tous ces éléments sont autant de défis pour les politiques et les soignants.

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