La Santé et la Protection sociale sont au cœur du débat sur l’avenir de notre société


L’avenir de notre système de protection sociale et de l’organisation des soins repose essentiellement sur des choix politiques car c’est le système qui modèle les hommes et influe sur leur comportement. Les élus ont donc une responsabilité considérable et il leur faudra beaucoup de courage politique pour adapter le système actuel au monde moderne.

Ces choix politiques devront être à l’image de la société que nous voulons pour la France au sein de l’Europe : une société républicaine, solidaire et responsable.

Cela suppose une remise en question de la mentalité du monde politique qui recule devant ses propres responsabilités en menant une véritable campagne de dénigrement contre les professionnels de santé, en particulier contre les médecins depuis une vingtaine d’années.

Le déséquilibre des comptes de la Sécurité sociale qui est surtout provoqué par le chômage et le vieillissement de la population devrait nous remettre tous en question. Il est véritablement suicidaire de continuer à mettre au pilori les médecins en les sanctionnant de façon arbitraire pour une conjoncture socio-économique et des comportements qui concernent toute la population.

La logique comptable est importante, mais elle ne suffira pas pour maîtriser les dépenses de santé. Elle a des effets temporaires qui ne font que satisfaire des intérêts électoraux à court terme tout en protégeant les privilèges d’une minorité qui a l’oreille des puissants et trop souvent le vrai pouvoir de décision.

Ce sont les mentalités des professionnels de santé et de la population qui doivent évoluer ainsi que les structures de tous les réseaux de soins.

Les mentalités doivent évoluer, à la fois celles des consommateurs depuis l’école et celles des professionnels de santé depuis le début de leurs études. Il est essentiel que le recrutement, la formation, le déroulement de carrière et la rémunération des soignants valorisent vraiment les soins apportés au malade. Il est essentiel que la politique de contrôle des dépenses de santé dépasse le cadre de l’épidémiologie et de la consommation immédiate et qu’elle soit complétée par une réelle évaluation des pratiques médicales à long terme.

Cela suppose des actions en profondeur qui mettent à chaque fois l’intérêt du malade et de la collectivité au premier plan.

Les structures des réseaux de soins doivent évoluer pour fonctionner en complémentarité avec un système d’orientation des patients qui améliore la qualité de la prise en charge en supprimant les dépenses inutiles et les redondances. Un tel système doit découler des habitudes médicales et être incitatif. Il ne doit surtout pas être obligatoire. Il faut rendre au médecin généraliste son rôle de médecin de famille, acteur central du système de soins ambulatoires et à domicile, tout en limitant ses compétences par rapport aux spécialistes.

L’Hospitalisation représente plus de 50 % des dépenses de santé sans aucune évaluation des résultats à moyen et à long terme, avec une concurrence de plus en plus importante entre le secteur privé et public, et entre les hôpitaux eux-mêmes qui pousse à la consommation.

Il est urgent de faire évoluer l’Hôpital public pour qu’il puisse conserver ses missions de soins et d’accueil pour tous, et surtout des catégories les plus défavorisées, tout en développant sa capacité de recherche et d’enseignement. Il faut le sortir des ornières de « l’hospitalocentrisme » et lui demander de remplir les tâches pour lesquelles il est le mieux adapté et redistribuer les autres activités au secteur extrahospitalier. Il est donc essentiel de ne pas le faire isolément car c’est l’ensemble des systèmes de soins qui doit évoluer en même temps.

Il faut privilégier l’accueil des plus démunis au sein de l’Hôpital public avec une harmonisation de la gestion de tout le secteur hospitalier public et privé qui soit réellement centrée sur les dépenses de soins tout en individualisant les secteurs d’enseignement et de recherche de façon contractuelle dans les Centres Hospitaliers Universitaires.

Cela suppose une véritable volonté de réinventer un système hospitalier qui privilégie la qualité des soins et leur évaluation. Il faut assouplir la législation actuelle pour faciliter le passage des professionnels entre le secteur public et le secteur privé et surtout faciliter la mixité de leurs activités tout en clarifiant la séparation et le rôle du secteur public et du secteur privé car c’est le mélange des genres qui est préjudiciable comme dans bien d’autres secteurs de la vie publique française.

Cela suppose une refonte de la législation actuelle qui est beaucoup trop complexe et isole complètement le secteur public du reste de la société. Le principe n’est pas d’interdire, mais de donner plus de liberté aux intervenants afin de profiter de leur esprit d’initiative à condition de pouvoir contrôler et sanctionner leur activité individuelle.

 Enfin, il est très important d’avoir une vision d’avenir qui tienne compte du contexte international, en particulier européen. L’Europe est une réalité avec un véritable marché de la Santé et de la Protection sociale qui concerne aussi bien les hommes, les produits et les services. L’Europe est une réalité et il faut être conscient que cela va modifier à plus ou moins long terme notre organisation sociale et notre mode de vie. Il faut savoir utiliser l’expérience des autres pays pour ne pas répéter les mêmes erreurs sans hésiter à s’inspirer des choix qui ont fait la preuve de leur efficacité. Cependant il serait très dangereux de les recopier sans les adapter à nos besoins et à notre culture. Il serait encore plus dangereux de les recopier en faisant l’abstraction de leurs effets pervers et en faisant disparaître les acquis de notre société française qui repose sur une culture humaniste et républicaine dépassant complètement les clivages des partis politiques.

Olivier Badelon

dans « ALLO DOCTEUR, LA FRANCE EST MALADE » (2002) – Chapitre 2

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