Mission humanitaire à Misrata en Lybie


La mosquée de Misrata

Le Comité de soutien au soulèvement populaire lybien du 17 février en Lybie (CSSPL) m’a demandé de  participer à une mission humanitaire à Misrata.

  La guerre civile en Lybie a fait la une de nos journaux jusqu’à la mort de Kadhafi. Depuis c’est le silence dans les médias! La guerre est loin d’être terminée. La situation est instable car la population est encore armée.

enfant sauvé par les médecins de Misrata pendant le siège de la ville

  Cette association a œuvré pendant toute la guerre civile pour envoyer des médicaments, des ambulances, des fauteuils roulants, des appareils de dialyse, des lits médicaux et des chariots, des instruments de chirurgie, des compresses, pansements, sondes, masques…  Le matériel a été financé par des dons privés et grâce à l’aide des hôpitaux de Nantes et de Saint Étienne.

  C’est l’enthousiasme d’une amie, Patricia Jesberger, investie dans cette association, qui m’a convaincu de l’urgence de la situation. Elle m’a expliqué les besoins d’aide médicale, en particulier pour les enfants qui sont toujours les victimes innocentes des conflits armés.

L'hôpital général de Misrata

  Elle a organisé une mission avec le CSSPL du 17 février qui a été retardée par les évènements dramatiques de la fin de la guerre civile. Finalement le Comité a choisi de cibler cette mission sur  Misrata.

  Misrata, troisième ville du pays, avait été la première à se rebeller, elle a subi les plus lourds dommages. L’hôpital principal qui avait servi de base retranchée à l’armée de Khadafi était inutilisable: ce sont les cliniques de la ville qui ont pris le relais, investies par l’ensemble des soignants. 22 d’entre eux ont été tués lors du conflit.

Dans l’urgence, les blessés les plus graves ont été soignés sur place ou  évacués vers l’étranger (Tunisie, France, Canada…). 300 amputations ont été faites pendant les 4 mois du siège de Misrata.

Les responsables médicaux réclamaient surtout des conseils pour le traitement des séquelles ou des pathologies lourdes impossibles à traiter dans le contexte actuel. Ils nous ont aussi demandé du matériel de microchirurgie pour la chirurgie réparatrice, en particulier des fils de suture suffisamment fins fournis gracieusement par le Laboratoire ETHICON.

Finalement, nous avons pu partir du 25 au 28 novembre, complètement pris en charge par le CSSPL du 17 février.

C'est le char qui a fini par être vaincu

  L’accueil de la population a été extrêmement chaleureux, la nationalité « franchaouie » étant le meilleur des sauf-conduits au passage des contrôles de sécurité qui jalonnaient la route, souvent gardés par des soldats à peine sortis de l’enfance.

  L’arrivée dans la ville de Misrata était effrayante au vu des destructions le long de l’avenue principale, encadrées par des immeubles complètement détruits, criblés d’éclats d’obus et de mitrailles.

Les habitants de Misrata se sont vraiment battus maison par maison, rue par rue, avec des fusils et des mitrailleuses montées sur des voitures contre des chars.

Au marché couvert

Quelques chars étaient encore exposés, tas de ferraille brûlés et inutiles, dressant leur canon ridicule et terrifiant.

  Les rues, vides deux semaines auparavant, étaient de nouveau parcourues par les voitures, mais les habitants avaient déserté cette partie de la ville où les combats avaient été les plus violents.

Ils s’étaient regroupés à plusieurs familles dans les maisons intactes, avec un esprit d’entraide qui porte à l’admiration.

Consultation

   L’équipe d’orthopédie de la Polyclinique, venant de l’hôpital public entièrement détruit, nous attendait de pied ferme. Deux matinées de consultations et deux après-midis d’interventions chirurgicales ont permis de répondre à leurs besoins du moment. Ils attendaient surtout des conseils dans la prise en charge de leurs patients. Il fallait leur répondre en tenant compte des possibilités techniques et des conditions d’hygiène. En effet ils ont beaucoup de progrès à faire dans la prévention et le traitement des infections.

  Nous avons trouvé ces conditions d’hygiène parfaitement respectées dans l’hôtel où nous étions hébergés. Cet hôtel était l’un des seuls bâtiments intacts, probablement protégé par la proximité de la mosquée. Il était très bien tenu avec une nourriture très saine.

Le mémorial de la révolution de Misrata

  Malgré ce programme très chargé nous avons eu le temps de visiter le mémorial de la guerre qui a été installé à l’entrée de la ville sur la rue principale: un étalage effrayant d’armes autour de l’effigie de Kadhafi et de son poing dressé vers le ciel, écrasant un avion américain.

  Les enfants jouaient avec les mitrailleuses désarmées, comme s’il s’agissait de jouets, comme s’ils avaient déjà oublié ce qui venait de se passer autour d’eux, comme si leurs parents morts n’avaient jamais existé.

Les martyrs de Misrata nous regardent

  C’est l’intérieur de ce mémorial qui était le plus émouvant avec les photographies des blessés, notamment des enfants, et des portraits des tués qui recouvraient les murs, comme des carreaux  de faïence.

  Nous sommes trop habitués à voir la guerre à la télévision pour nous rendre compte vraiment de ses horreurs.

Notre mission était courte mais, je l’espère, efficace. Il faudra la renouveler afin de répondre à leurs attentes.

Il est dommage que les européens et en particulier les français ne soient pas déjà présents pour les aider à reconstruire. Il est incompréhensible que les seuls européens que nous ayons croisés soient des démineurs et des infirmiers travaillant dans une clinique privée.

Les habitants de Misrata ont montré leur courage et leur détermination. Ils sont très solidaires entre eux. Leur pays est riche au plan agricole avec un potentiel très important dû aux champs pétrolifères exploités par les compagnies internationales. Les besoins sont énormes. C’est une chance à saisir pour les entreprises françaises.

Le plan blanc que j’ai proposé est plus que jamais d’actualité. La Santé et l’Éducation peuvent être les deux supports à l’introduction des entreprises françaises et de leurs produits. Patricia Jesberger l’a très bien compris en s’investissant dans la réanimation d’une école française à Tripoli et dans l’ouverture d’antennes éducatives françaises à Misrata et à Benghasi.

Vous pouvez l’aider par vos dons personnels ou d’entreprise au CSSPL du 17 février http://www.comite-de-soutien-au-soulevement-populaire-libyen.org/

Olivier Badelon

Reportage photographique sur :  http://www.facebook.com/media/set/?set=a.211476158930202.50805.100002034593574&type=1&l=368aa8935d

Le plan blanc sur :  www.lecercle.lesechos.fr

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Une Réponse vers “Mission humanitaire à Misrata en Lybie”

  1. Olivier Delamare Deboutteville Réponse 12 décembre 2011 à 18 h 02 min

    Mon cher Olivier,
    Bravo pour votre mission à Misrata et votre témoignage émouvant. Je n’ai pas le détail de ce que fait la France et l’Europe mais ces mises en route sont toujours, hélas, longues. Nos diplomates sur place sont très actifs et dévoués. Vous vous êtes rendu compte de la solidarité et de la fierté des lybiens. Ils ne veulent pas d’une aide mais d’une coopération, se sachant un pays riche. Je crois d’ailleurs qu’ils ont tout à fait raison de se prendre en main de cette façon là et de traiter d’égal à égal. Mais il faut y aller et le plus vite possible. Pour ceux qui souffrent c’est toujours tardif.
    Amitiés
    Olivier

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