La responsabilité des économistes de la Santé


Il faudrait demander aux économistes de la Santé de reconnaître leur responsabilité, comme à tous les politiques et à leurs conseillers qui se sont succédé depuis plus de 30 ans, dans la paupérisation de notre système de Santé car ils en sont les premiers responsables puisqu’ils l’ont pensé et organisé.

Comme Didier Tabuteau, je suis opposé à l’augmentation du ticket modérateur car c’est une mesure contraire au principe fondamental de la solidarité sur laquelle repose la Sécurité sociale à la française. Il est injuste de demander aux malades de payer à la place des bien-portants.

Par contre il dérape complètement en demandant une transparence et un plafonnement des dépassements d’honoraires des médecins libéraux, alors que d’une part cette transparence existe déjà et que chacun peut consulter le site internet de l’Assurance Maladie pour connaître les dépassements d’honoraires des médecins, et que d’autre part cela n’a aucun rapport avec l’équilibre de la Sécurité Sociale et avec l’accès aux soins.

Cette politique de dénigrement et d’agressivité vis-à-vis de tous les soignants est insupportable et injuste car ils sont présentés par le pouvoir politique et judiciaire comme les responsables de l’inflation des dépenses de santé et même de la maladie.

L’écho qui est fait à de telles propositions est d’autant plus inquiétant que cet économiste est responsable de la chaire Santé de Sciences Po et qu’il a été directeur de cabinet de Bernard Kouchner.

À ce titre, il faudrait lui demander de reconnaître sa responsabilité, comme à tous les politiques et à leurs conseillers qui se sont succédé depuis plus de 30 ans, dans la paupérisation de notre système de Santé car ils en sont les premiers responsables puisqu’ils l’ont pensé et organisé.

Il fait partie de cette génération d’économiste de la Santé qui sont directement responsable de la situation actuelle. Ils ont fait l’éloge du Système de Santé anglais dans les années 1980 en essayant de nous faire croire que la médecine française était non seulement coûteuse mais inefficace alors que la réalité était toute autre. Le NHS a fait la preuve de son échec avec le développement d’une médecine parallèle puis d’un système privé beaucoup plus cher que tout ce que nous connaissons en France, alors que le niveau de Santé des Français a été placé récemment au deuxième puis au premier rang mondial.

Malheureusement cet acquis se paupérise avec un appauvrissement accéléré de l’hospitalisation publique et privée et un déficit en médecins et en infirmiers qui va encore se creuser dans les dix années à venir, surtout dans les spécialités les plus pénibles.

L’aveuglement de nos gouvernants qui cherche à diminuer de façon autoritaire l’offre de soins pour maîtriser les dépenses de santé n’a d’égal que celle des patrons qui soutiennent cette maîtrise comptable pour diminuer leurs charges alors qu’ils réclament pour eux-mêmes la liberté d’entreprise.

Il est vrai qu’ils auront toujours, les uns et les autres, les moyens de s’offrir les meilleurs soins. Il ne faut pas se leurrer, la médecine à deux vitesses n’est pas pour demain, elle existe déjà, aussi bien dans le public que dans le privé.

Olivier Badelon

Article publié en septembre 2008 en réaction à deux articles de Didier Tabuteau dans le Monde et les Echos.

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