DES NOMS …


Olivier BERNHEIM, avocat à la Cour de Paris

Le 1er Juillet 2020

L’Académie nous l’a dit : ce n’est pas le, mais la COVID.

Là, vraiment, on a avancé, et bien mieux qu’avec un vaccin. En tout cas, plus vite : il y avait urgence. Probablement pour en faire un mot transgenre, peut-être pour le rendre socialement plus acceptable ?

Même masculin, on avait quand même compris que c’est une… saloperie. Pour calmer les féministes sémantiquiennes, à moins qu’il ne faille dire sémanticides, extrémistes, on les entend déjà vociférer, peut-être faudrait-il dire, puisque l’on s’applique, sous pression, à massacrer la langue, un saloperit ?

Ne jetons pas la pierre à l’Académie, et n’ironisons pas outre mesure : elle est dans son rôle, et elle le remplit, même si la question parait un peu futile. A l’époque des clusters, défendre l’usage du bon français est moins répréhensible que de discuter du sexe des anges.

Mais il y a mieux : depuis mi-mars 2020, la « distanciation sociale » a été décrétée. Avec une certaine lucidité aussi sémantique que politique, le Premier ministre a déclaré, fin avril, qu’il préférait le terme de « distanciation physique ». Et il n’a guère été suivi, tant il est vrai qu’inconsciemment le vocabulaire, même le plus inapproprié, s’installe vite dans nos esprits embués.

Nul ne saura jamais comment et par quel bel esprit est né ce terme imbécile de « distanciation sociale ». Est-ce une raison pour continuer d’ânonner quotidiennement, sans limite, une expression aussi délétère ?

Le seul terme possible était celui de distance sanitaire, qui a le mérite d’englober les gestes dits « barrières », à défaut de distanciation tout court.

Car, précisément, ces gestes et pratiques, à commencer par l’espacement, avaient et ont toujours pour but premier de maintenir le lien social par le recours à des précautions d’espacement réciproquement protectrices. Ainsi, parler de « distanciation sociale » est la pire expression possible pour cette période compliquée, la plus bête, un vrai contre-sens. C’est-à-dire un profond non-sens, révélateur de nos confusions.

Et, bien sûr, on la répète moutonnièrement à l’envi.

De même, depuis le 10 mars 2020, le Président de la République s’est entouré de ce qu’il a appelé un « conseil scientifique », dont les avis sont ou non suivis, ce qui est le propre d’un conseil, qui n’est pas le payeur. Ce comité est composé majoritairement de médecins.

Ce qu’il y a lieu de questionner, c’est encore le terme retenu : « conseil scientifique ». Comme s’il s’agissait de la médecine faire une science. Nul n’ignore que c’est un art. Difficile, en plus. Chacun sait qu’un diagnostic, aussi assisté technologiquement soit-il éventuellement, reste un acte complexe et aléatoire, humain, donc par essence à l’opposé de la science. Et qu’un traitement ne peut être le même pour tous, chacun y réagissant différemment, et que la réussite réside toujours dans le sur-mesure.

Qu’en médecine on tutoie la science, nul n’en doute : les études sur les effets de médicaments sont scientifiques. Menées à l’aveugle sur de doubles échantillons, elles donnent des résultats statistiques fiables et exploitables par la masse observée. Il n’en demeure pas moins que le traitement qui peut marcher sur une majorité, ne fonctionnera pas sur une partie de la population.

Le terme de « conseil scientifique » est ainsi médicalement parfaitement inconvenant, et surtout gravement trompeur, d’abord pour le public. Est-ce un hasard ?

Puis on a libéré les déplacements à 100 km à vol d’oiseau. L’expression, pour ancienne, traditionnelle et populaire qu’elle soit, ancrée dans le vocabulaire, est, elle aussi, complètement impropre : qui a jamais vu un oiseau voler en ligne droite d’un point à un autre ?

Par-delà la question si sensible des genres, si intelligemment exploitée avec passion, le vocabulaire n’est pas neutre. Il sous-tend des réalités, véhicule des concepts cachés, et révèle l’évolution d’une société, en bien ou en mal : un collabo et un collaborateur, ce n’est pas exactement la même chose.

La révision du vocabulaire, pour passer du masculin au féminin, n’est pas vraiment le débat. L’amodiation doit être plus radicale : l’on doit bannir du vocabulaire quotidien le « conseil scientifique » ou la « distanciation sociale », qui n’auraient jamais dû voir le jour, et en tout cas être immédiatement éliminés, pour un comité de conseil sanitaire et pour la distance ou la distanciation sanitaire, ou, éventuellement physique.

Ces pratiques du mauvais mot en disent long sur l’irréflexion ambiante, qui n’est qu’un petit révélateur de l’état d’hypnotisme de nos sociétés.

Comme le papillon irrésistiblement attiré par l’ampoule, l’aveuglement des populations par Internet est la plaie ouverte des sociétés du XXIème siècle. L’information virale, vraie, et surtout fausse, reprise et amplifiée, fait le tour du monde en une seconde, soulevant réactions courroucées et violentes mieux qu’une traînée de poudre. Voici régnante la résotature (fille incestueuse du réseau social et de la dictature) terroriste, qui répand sans modération la médiocratie sur le monde.

Ah, le vocabulaire…

C’est précisément ce qui ne manque pas à l’Administration. Là aussi, ce serait plutôt le trop-plein : les différents services s’en sont donné, sans modération, à cœur- joie pour toutes les activités. Pondre 63 pages de mode d’emploi et consignes pour la réouverture des écoles ressemble davantage à l’ouverture par l’Administration d’un parachute doré, double tissage et grand angle, au profit de l’administration, encore doublée d’un piège à directeurs ou maires, qu’à un mode d’emploi opérationnel. Les rédacteurs multiples des fiches de déconfinement, certes opérations délicates, se sont aussi offert des plaisirs solitaires.

L’excès de complexification, dans un jargon volontiers abscons, sabir administratif oblige, est le paradis créé de l’administration, qui assoit sa justification, légitime son intervention et, peut-être est-ce en réalité l’essentiel, garantit sa sécurité et sa pérennité. Est-ce ce que l’on attend d’elle ?

Ces gens, individuellement et collectivement, n’oublient-ils pas un peu vite qu’ils sont payés par le peuple, et devraient travailler pour lui, et non pour s’auto-protéger des responsabilités à l’abri desquelles ils savent se vautrer pour n’avoir pratiquement jamais de sanction, claquemurés et injoignables dans l’anonymat confortable de leurs bureaux.

Pour un nombre non négligeable, ils appliquent jusqu’à l’excès la méthode miracle de l’administration du doucement le matin, pas trop vite l’après-midi, sous l’encouragement appuyé de syndicats qui protègent ainsi l’emploi par la culture intensive de l’inefficacité préservée, et de la multiplication des mesures de contrôle. Il faut reconnaître que là, ils excellent. A côté de l’hôpital qui, dans les fonctions soignantes, ressemble assez à un sacerdoce, combien, dans les services administratifs, y compris hospitaliers, restent hors sol, ce qui ne les prive pas de distribuer sans modération les leçons sur la bonne manière de calculer l’angle du soc, la taille de la charrue et la méthode de culture à suivre.

Dans l’imperformance, ils réussissent à laisser les sommets de l’Himalaya loin sous eux.

Ce sont eux, dont Dominique STRAUSS-KAHN, au moment de l’instauration contre-productive (en termes de créations d’emplois, mais pas seulement) des 35 heures, avait dit, avec une lucidité d’un humour ravageur qui, près de 40 ans plus tard, n’a tristement pas entraîné de correction, qu’il faudrait y arriver très progressivement : 32, 33, 34… Les pronostics les plus optimistes sont déjoués : pour certains, on n’y est pas encore !

Peut-on continuer de nourrir des administrations pléthoriques, méprisantes, arrogantes, et soucieuses d’abord d’auto-protection, qui ont perdu de vue ce qui devrait être leur premier objectif : le service du citoyen et de l’intérêt public, au profit d’un fonctionnement consciencieusement ralenti d’abord pour la préservation de leur emploi ? Si la transposition ne peut être directe, la comparaison du nombre d’emplois dans les administrations en Allemagne et en France, de leurs coûts, et de leur efficacité, donne le vertige.

Elle apporte la preuve de l’inefficacité bien trop aboutie de l’Administration française, qui n’agit que pour l’Administration, au bénéfice de l’Administration, pour protéger l’Administration et les emplois de l’Administration par l’empilement des services dans un mille-feuilles immangeable, incontrôlable, immobile, pétri de certitudes et non réformable, pour qui, comme au temps du roi, les citoyens sont encore des sujets au service de l’Administration.

Pour les noms, cela ne s’arrête certainement pas là, et certains méritent à l’évidence des noms… d’oiseaux.
Le DGS, que l’on a eu le bonheur de voir chaque soir, porte une responsabilité sévère dans les décisions prises par Mme TOURAINE lorsqu’elle était ministre : il avait en charge la prévention ou la prévision des pandémies. Il a accompagné la politique de liquidation du stock de masques. Mais, nommé à la tête de la DGS en 2018, il est personnellement responsable des décisions prises, ou non prises, en 2018 ou encore fin 2019 et début 2020, pratiquement dans la même ligne, et pour ne pas avoir développé à grande vitesse le stock de tests, ce qui pose plus que problème.

Il y a eu des morts. Mais surtout, les chômeurs se compteront bientôt autrement que par dizaines.

Symbole d’une haute administration qui dure et perdure dans les palais et services gouvernementaux, qui nourrit l’administration pour le plaisir de l’administration, qui sert le bonheur de l’administration pour la permanence de l’administration, un assourdissant silence omertiste nimbe leurs actes erratiques, et masque leurs fautes.

A l’inverse des soignants, M. Jérôme SALOMON, Professeur de médecine, dont on ignore s’il a jamais rencontré un malade, aurait largement mérité un vrai remerciement : celui d’être immédiatement relevé de ses fonctions, sans qu’on le loge tranquillement, avec la discrétion ouatée qui sied, dans l’un de ces fromages gras, dont la République a le secret, pour serviteurs plus ou moins loyaux en disgrâce, si confortable et lucratif qu’il n’en est que plus délicieux, voire convoité.

Car, là aussi, c’est un peu plus qu’une question de vocabulaire : l’irresponsabilité des fonctionnaires, surtout lorsqu’il s’agit de décisionnaires, est une réalité violente de plus en plus inacceptable, offensante, mais encore d’une singulière actualité, trop décalée dans le nouveau monde. Il y a eu des morts, et il y en aura encore, y compris économiquement et socialement. Les carences et fautes seront relevées par la justice dans un délai « raisonnable », de 10 à 20 ans sans doute, voire davantage. Il est à penser que, même si la sanction tombe tardivement, son jugement historique, déjà bien connu de tous, ayant été rendu de longue date, M. SALOMON aura droit, un jour, à en subir un autre. Et il pourrait se révéler aussi sévère qu’il sera décalé dans le temps.

Les plaintes multiples contre les ministres visent les têtes, un peu comme les parties immergées de l’iceberg, mais ça fait le buzz….

Sauf à continuer de se vautrer dans le médiatique, ce n’est assurément pas là que se situent les vrais problèmes, ou les plus graves. Leur responsabilité est sans doute politique, donc engagée.

Mais l’arbre ministériel cache une forêt derrière laquelle se terrent les vrais responsables : avant les politiques, qui ne sont que l’écume, il y a les administratifs, en cohortes, qui pullulent au chaud, se multiplient, protégés à l’excès par leur anonymat, leur nombre, leur solidarité, leur statut. Ces plaintes épargnent les racines du mal, que les juges peinent à déterrer, ou ne veulent pas voir. Eux aussi, qui fixent et fustigent les responsabilités des autres, font partie d’un système qui leur garantit l’irresponsabilité.

Les administratifs inconnus qui tiennent les rênes, qui tirent discrètement les manettes. Bien sûr, ils sont indispensables, mais leur irresponsabilité garantie mène à la prolifération endémique de l’échec, au maintien d’un système clientéliste de protection qui assure leur sécurité sereine, puisque la seule sanction de leurs ratages, surtout grands, se traduit par une promotion, avec ce paradoxe que d’aucuns réclament la poursuite encore accrue de l’assistance.

Nous bénéficions d’un système dans lequel les organismes administratifs foisonnent à qui mieux mieux, doublonnent, se concurrencent, se superposent, se neutralisent, parfois se tirent dans les pattes, à tous les niveaux. C’est une administration pléthorique dont la première qualité reste, la preuve n’a éé que trop rapportée, la meilleure inefficacité. Elle seule, pourtant non garantie, est offerte.

Le nom des ratages coupables est une longue litanie : sang contaminé, CHLORDECONE, GLYPHOSATE, lait contaminé, MEDIATOR, tant d’autres, sont autant de pierres dans un jardin jonché des victimes des carences d’administrations promptes à s’auto-protéger, comme si c’était leur principale mission.

Cela peut-il durer ? Cette construction par couches stratifiées, et surtout auxquelles l’on se plait encore à en rajouter, sans en supprimer, condamne la France non à l’immobilisme, mais à la régression. Il y a un énorme ménage à faire : la Cour des Comptes ne suffit sans doute pas, dont les rapports annuels dressent un tableau cinglant, année après année, dans des rapports qui vont pieusement recevoir la poussière, en rang d’oignon, sur les étagères de la désespérance administrative et politique, sans suite, … ni poursuites.

Le gâchis de l’inutilité après la bonne conscience de l’identification.

Mais là encore le risque de voir les têtes ne pas sentir le vent du boulet est au plus haut : ne parlait-on pas, mi- mai 2020, du recyclage de Mme BELLOUBET, naufrageuse de la place Vendôme, occiseuse tranquille des libertés et du droit, une vraie performeuse dans ces domaines, à la tête de la Cour des Comptes ? Comment aurait-on pu envisager pareille promotion pour sanctionner une faillite quasiment frauduleuse, au moins au regard des règles de droit ? Comment un pouvoir pouvait-il encore oser envisager offrir un si magnifique terrain d’atterrissage à l’auteur d’un tel crash, sauf à ce qu’il s’agisse d’une campagne de l’intéressée ?

Dans le privé, la porte, claquée, serait son viatique. Les fesses sérieusement endolories, en plus, et sans indemnités.

Est-il simplement décent d’envisager le recyclage douillet de gestionnaires calamiteux dans des fromages de la République ?

Pouvons-nous conserver ce privilège, qu’il faut probablement qualifier de délicieux, de subir les offenses mensongères permanentes de Mme NDIAYE, dite porte-parole du Gouvernement, qui les revendique cyniquement, pratiquement à chaque déclaration ?

Mme BUZYN vient, devant la Commission de l’Assemblée, de nous resservir le célèbre télégramme du chirurgien : « opération réussie, patient décédé ». Elle a tout bien mis en place, et en temps utile. Mais il n’y avait ni masques, ni tests. Un succès, vous dit-elle !

D’aucuns, tirant des plans sur la comète, glosent sur un imaginaire monde d’après… Pour le moment, ses frémissements, sur les prébendes et privilèges, reproduiraient furieusement le monde d’avant, jusquà la caricature.

La veste, méritée, prise par les gilets jaunes, qui ne sont que totalitarisme, n’a toutefois pas suffi à déboucher l’oreille de politiques encore un peu sourds à une colère que les mensonges ignobles des dirigeants n’ont pas calmée.

En démocratie, et malgré les atteintes portées sous prétexte sanitaire, la fureur du peuple, lorsqu’elle ne débouche pas sur une vraie révolution violente, peut-être pas si lointaine, s’exprime par une arme létale à tir cadencé : bulletin de vote, qu’elle s’appelle.

L’écueil, et le risque, sont que, pour légitime que soit la colère, elle ne propulse sur l’Aventin des extrêmes bien pires encore que les sortis. L’abstention du 2ème tour des municipales peut donner des sueurs froides.

A force de jouer et chanter l’air du mépris sur à peu près tous les registres, l’administration et les politiques récolteront bientôt la tempête que le vent semé de l’immobilisme provoque.

Soyons rassurés : comme toujours, le peuple paiera les dégâts. Directement ou, pire, par enfants interposés.

Olivier BERNHEIM 1er juillet 2020

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