10 AVRIL 2022 – 20 h 00


Olivier BERNHEIM – Avocat au Barreau de Paris – 19 Octobre 2021

La campagne a été rude, avec 16 candidats sur les 30 ou 35 annoncés fin septembre 2021.

Médusés devant leurs écrans, haletants, les Français sidérés découvrent à 20 h 00 que les sondages n’ont vraiment rien vu venir : le 2ème tour se jouera entre Eric ZEMMOUR et Marine LE PEN, qui devance Emmanuel MACRON (15,2 %) de 0,3 % des voix.

La participation, de seulement 53 % des électeurs, est la plus faible jamais enregistrée. Les 77,8 % du premier tour de 2017 sont loin, plus de 24 points d’écart. Une désaffection jamais vue, ni anticipée ! La pêche, ouverte depuis un mois a attiré les foules d’électeurs, négligeant la démocratie.

Dégoûtés de la politique, déçus du macronisme, individualistes invétérés, inconscients irresponsables, hystériques de la dénonciation de la dictature, ne sont pas encore majoritaires, mais ils représentent près d’un électeur sur 2 : 47 %. Et le résultat final est là, désormais, sous leurs yeux effarés et incrédules d’abstentionnistes revendiqués, qui ânonnent en cœur, faussement innocents, devant la catastrophe : « Ah ! nous n’avons pas voulu cela », ou « si nous avions su ».

Mais là, pas de tergiversation : ZEMMOUR (15,8 %)/LE PEN (15,5 %). Voilà le ticket du second tour. Le combat s’annonce âpre et incertain entre les deux sélectionnés pour tenter de siphonner des électeurs de gauche et du centre en déshérence.

Le sans-filtre, surjoué par celui qui était le challenger, a payé.

Les candidatures concurrentes de MELANCHON 5,8 %), HIDALGO (4,1 %), LE FOLL (2,7 %), POUTOU (1,3 %), JADOT (6,1 %), ont pris 22,3 % des voix. Fabien ROUSSEL (PCF) a sombré à un petit 2,4 %, tandis que François ASSELINEAU (0,8 %) a fini par prendre l’ascendant sur Nicolas DUPONT-AIGNAN (0,5 %).

Le duel fratricide mené par Xavier BERTRAND (12 %), maintenu à toute force contre Valérie PECRESSE (14,8 %), au double motif du démarrage antérieur de sa campagne et du rassemblement – comprenne qui pourra – a donné le résultat prévisible.

Les 4 autres candidats se sont partagés tout juste 2% des voix.

La multiplication atomisée d’une offre pléthorique a éparpillé les votes et a conduit à une surprise du genre de celle de 2002. Elle était annoncée. Nul ne voulait le voir.

Un second tour Marine LE PEN/Eric ZEMMOUR, qui l’eût cru possible ?

En démocratie, le contenu futur des urnes reste un mystère… insondable.

La course imprévue et improbable à la récupération fébrile des votes centristes et de gauche est lancée dès 20 h 01 devant les battus affligés et défaits, et leurs supporters, en panne soudaine de déclarations. Devant la catastrophe, les rodéos habituels des plateaux TV tournent court : les responsables politiques désavoués, pour une fois se terrent.

Rayonnante, Marine LE PEN n’imaginait pas pareille fête, mais voit avec effroi se pointer une victoire possible, à laquelle elle, ni personne d’autre, ne croyait plus.

Elle vantait son « expérience », qui était électoralement surtout celle de l’échec.

Eric ZEMMOUR, qui a fait du titre de son livre « la France n’a pas dit son dernier mot », la promotion indécente de sa campagne, spéculant seulement sur l’explosion des ventes, reste sans voix, sidéré d’avoir réussi un impossible hold up.

Que vont faire les institutions et les administrations, mais aussi les Français ? Nul n’ose poser la question officiellement séditieuse, tant chacun tremble dans son coin. De rage pour les uns, ou de peur pour les autres.

A l’étranger, la rigolade discrète l’emporte sur la stupeur des premiers instants : le monde, estomaqué, retient son souffle. Où va la France ? Quelle folie soudaine a-t-elle frappé les Français ?

Les sondeurs sont rentrés, honteux, dans leurs coquilles, et seuls les politologues occupent les plateaux télé pour analyser d’abord l’incroyable désaffection des urnes.

Deux semaines ont passé.

Le 24 avril 2022 à 19 h, les chaînes d’information annoncent, déjà catastrophées, un taux de participation historiquement bas au second tour, autour des 39 %. Là, à 61 %, les abstentionnistes sortent grands vainqueurs de l’élection, haut la main ! Mais, entre la peste et le choléra…

A 20 h 00, fin du suspens : apparait sur les écrans le visage de Marine LE PEN, annoncée vainqueur d’une très courte tête, à 50,2 % des votants.

Eric ZEMMOUR dénonce immédiatement le résultat, trop étroit, et annonce des recours. Il est immédiatement soutenu par Jean-Marie LE PEN.

A 20 h 30, depuis l’ile d’Yeu, symbole et clin d’œil aussi inattendus que stupéfiants, Marine LE PEN, oubliant les abstentionnistes, remercie les électeurs qui ont eu le courage de faire enfin confiance à une femme, insiste sur la majorité de Français qui l’a élue, annonce qu’elle sera le Président de tous les Français, et affirme attendre sereinement le résultat des législatives pour désigner le Premier ministre d’une majorité nouvelle qu’elle appelle de ses vœux, dont elle dessine, à mots couverts, le profil : l’on imagine assez facilement le visage de Jordan BARDELLA.

Si l’entre-deux tours a été incroyablement calme, car le résultat du premier tour a sonné les Français, le 25 avril une manifestation réunit un million de personnes à PARIS, entre 3 et 4 millions en province, pour protester contre le résultat des urnes. Les casseurs s’en donnent à cœur-joie, et les forces de l’ordre chargent sèchement. Bilan : Un mort côté police, trois côté manifestants, 75 blessés chez les forces de l’ordre, 786 chez les manifestants. Et 1.853 arrestations.

Surtout, c’est inutile, et trop tard : les urnes ont parlé, et le jeudi 28 avril le Conseil Constitutionnel déclare Marine LE PEN élue.

Un cauchemar ?

Sans doute faut-il l’espérer. Rien n’est sûr en cette mi-octobre 2021.  La machine à perdre, y compris la démocratie, semble pourtant bien lancée : s’arrêtera-t-elle à temps ?

A force, par inconscience, de trop jouer avec les élections, par abstention interposée, la démocratie s’étiole et, bien plus sûrement que la prospérité en 1929, la catastrophe est au coin de la rue.

La tentation de l’abstention comme moyen fort d’expression ouvre grand la voie à la surprise électorale, qui profite aux outsiders et autres candidats volapuk, comme aurait dit de GAULLE, pas à la démocratie.

La situation, les perspectives, les mensonges trop développés, les excès, l’impunité, le sentiment d’impuissance, les discours fantasmés sur la dictature, l’esthétisme anti-système, s’amalgament pour  former un cocktail explosif qui saoule des abstentionnistes ou tentés de l’abstention, qui veulent ne pas voir le risque de se réveiller, forcément trop tard, avec la gueule de bois, pour avoir oublié combien sont morts pour des élections libres, ou les cohortes de ceux qui aspirent tant à s’exprimer et voter.

Il faut beaucoup d’intelligence pour imaginer des solutions naître du néant abstentionniste et refuser de voter au motif de l’impossibilité de trouver un candidat ou un programme correspondant à au moins 110 % à ses idées : à cette aune, personne ne conviendra jamais.

N’y a-t-il pas quelque indécence politique et civique, une immense irresponsabilité, à refuser de voter ?

Pour avoir oublié qu’en démocratie le seul moyen d’expression reste le bulletin de vote, les abstentionnistes de tout poil scient la branche sur laquelle ils sont assis.

Le silence et l’abstention donnent uniquement le droit définitif de continuer de se taire.

Le cauchemar a pris fin : Eric ZEMMOUR, après 2 mois et demi de promotion intensive de son livre, par campagne non dite interposée, a annoncé, le soir du 11 novembre 2021, malgré les préparatifs menés de main de maître depuis début 2021, qu’il choisit finalement de garder l’argent de son livre, de retrouver celui de ses émissions, dont l’audience va s’en trouver boostée., Il a donc renoncé à une course qu’il estime avoir déjà gagnée, et surtout trop chère à tous points de vue. Au poison des problèmes, il préfère la liberté des polémiques qu’il maîtrise si bien.

Le soulagement des politiciens de tout bord, à peine dissimulé, qui, après des semaines d’angoisse à voir les sondages enregistrer l’irrésistible montée du candidat trop libre, ne sont pas mécontents de le voir quitter le marigot, et les laisser à leurs habitudes, est à la mesure de ce qu’ils risquaient perdre.

La vie politique, un moment suspendue aux lèvres fines du polémiste, et à ses saillies, peut enfin reprendre son cours presque tranquille.

Mi-novembre 2021, Eric ZEMMOUR écarté de lui-même, Marine LE PEN, démonétisée depuis son brillant débat de 2017, et les volte-face de son programme, sauf à ses yeux, poursuit son inexorable baisse. Le Parti socialiste a enfin débranché Anne HIDALGO, en pleine dérive, qui n’a cessé de baisser dans les sondages. Le vent du boulet se fait caresse. Suspens et querelles vont reprendre.

Bientôt Noël. …Pour tous.

Olivier BERNHEIM

19 octobre 2021

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