En politique, l’esprit de réforme, ce devrait être tous les jours avec des partenaires syndicaux vraiment représentatifs et une organisation gouvernementale efficace.


« L’esprit de réforme ce devrait être tous les jours » : C’est ce que j’ai dit lors d’une réunion publique organisée par l’UMP alors que je venais d’obtenir 15,6% des voix lors des élections internes à la Présidence de la Fédération de Paris, le 18 Novembre 2010, en un seul discours contestataire.

C’est à ce titre que j’ai réclamé la parole après l’intervention de Jean-François Copé car le journaliste qui menait les débats ne voulait pas me la donner.

Il y avait un panel d’anciens Ministres au centre de la salle et je n’ai pas dû me faire que des amis en leur disant que les grandes lois qui portaient leurs noms étaient le plus souvent trop compliquées, incompréhensibles pour les citoyens, véritables mille feuilles de mesures le plus souvent restrictives, voulant tout organiser et oubliant forcément des points importants.

Je leur ai dit que pour moi « l’esprit de réforme » devrait être permanent, avec des modifications ponctuelles publiées dans le Journal officiel et que ces modifications devraient être regroupées, après validation par la pratique, puis par les parlementaires et les sénateurs dans des grandes lois en milieu ou en fin de mandature , en prenant garde à être parfaitement lisibles par tous, sans vouloir rentrer dans le détail de la vie des gens, mais en donnant surtout des grandes lignes pour nous encadrer, tout en laissant aux organismes professionnels et aux syndicats le soin de rentrer dans les détails.

Le gouvernement actuel s’est heurté à cette difficulté de réforme car il a voulu imposer des mesures qui auraient dû faire l’objet d’essais avant d’être imposées, comme la limitation de vitesse sur les routes secondaires. Il a voulu aussi marquer l’histoire politique par des grandes réformes comme celle des retraites en voulant tout faire en même temps de façon très dirigiste alors qu’il aurait fallu commencer dès le début du mandat de façon ciblée et progressive.

Comme beaucoup de personnes de ma génération ayant vécu les évènements de mai 1968, j’ai été interloqué par une phrase que j’ai vu écrite sur le mur de la cour intérieure de la Sorbonne : « Il est interdit d’interdire ». Sur le moment je l’ai prise au premier degré, comme la plupart, avec l’évolution de notre société qui en a suivi.

Cette phrase a hanté ma réflexion politique car elle détient la clé qu’il faudrait tourner dans le bon sens et non pas dans celui des « soixantuitards » qui ont pourri notre société dans un laxisme apparent qui n’a fait qu’aggraver ses travers en favorisant un système politique qui s’est exprimé en réaction par des textes de loi remplis d’interdits alors qu’il faudrait plutôt favoriser le volontariat, la responsabilité personnelle, l’altruisme.

La gestion des retraites en est un exemple frappant. Il est évident qu’il faudrait reculer l’âge de départ de la retraite au moins à 65 ans pour des raisons démographiques et économiques car la longévité en bonne santé a augmenté depuis longtemps. Il est tout aussi évident que la pénibilité au travail est très variable et difficile à évaluer alors que la qualité de la fin de vie en découle forcément. Il est encore plus évident que les femmes sont pénalisées tout au long de leur vie aussi bien dans leur pratique professionnelle qui est encore trop souvent moins valorisée que celle des hommes, que dans leur vie personnelle quand elles ont des enfants.

Malheureusement la stratégie choisie par le gouvernement pour imposer sa réforme des retraites est une caricature de ce qu’il ne faut pas faire, tout du moins en France, car il a voulu tout faire en même temps, sans être capable de rassurer la majorité sur son avenir économique. Il a voulu imposer aux libéraux la gestion de l’État, alors que c’était plutôt l’inverse qu’il fallait faire comme pour la gestion des organismes complémentaires des salariés et des fonctionnaires qui ont déjà fait leurs preuves, avec dans tous les cas une part obligatoire dans un système à répartition et une part complémentaire gérée par profession, et/ou pourquoi pas personnalisée au choix.

Nous avons besoin d’une révolution des mentalités vis-à-vis du travail, en protégeant les femmes et les plus précaires d’entre nous, en valorisant le travail manuel par l’apprentissage, en favorisant le travail à temps partiel des étudiants pour leur permettre de gagner des semestres plus tôt et surtout de rentrer plus facilement dans le monde du travail, en favorisant l’embauche, dans un deuxième temps de carrière, de ceux qui ont des métiers physiques difficiles dans les administrations et les métiers d’accueil et d’encadrement, d’enseignement professionnels. Enfin il serait pertinent de favoriser les cumuls emploi-retraites avec un premier départ possible qui dépendrait de la pénibilité mais avec une retraite au niveau des cotisations effectuées, ce qui ne serait pas injuste si la retraite du premier métier pouvait être un nouveau départ professionnel, comme c’est le cas pour les militaires ou les danseurs de l’Opéra National de Paris, ou une prolongation pour les professions libérales.

Pour cela il faut absolument sortir de l’ambiance de lutte des classes qui est entretenue par les syndicats.

La crise actuelle provoquée par la réforme des retraites est tout à fait comparable avec celle des « gilets jaunes » car il n’y a pas de communication efficace entre le gouvernement et les syndicats.

C’est le système syndical qu’il faut « révolutionner » : si le gouvernement et le patronat veulent avoir des interlocuteurs valables qui savent faire autre chose que dire non et démontrer leur existence surtout par des épreuves de force qui nuisent à la majorité des français, il faut changer de système.

Cela commence par une suppression complète de toute aide de l’État d’autant que cette aide est financée par l’impôt.

Pour être représentatifs, il faudrait que les syndicats soient financés par leurs seuls cotisants en favorisant leur implication par des aides fiscales, ce qui est déjà le cas pour les libéraux car la cotisation syndicale est une dépense professionnelle déductible, mais aussi par une aide personnalisée patronale ou de l’État pour permettre aux plus démunis d’avoir un syndicat représentatif de leur choix.

Il faudrait également éviter la trop grande personnalisation des représentants syndicaux qui nuit à leur efficacité en privilégiant les luttes de pouvoir personnel et parfois les privilèges matériels indus. Pour cela il faudrait favoriser les candidatures de la base, peut-être par un tirage au sort parmi les cotisants, et empêcher le cumul des mandats dans toute la hiérarchie notamment au sommet, par une direction tournante comme c’est le cas dans les sociétés savantes qui ont un Président pendant un an, avec deux post-Présidents et deux Vice-Présidents ;  ce qui fait que le pouvoir réel de décision repose sur cinq personnes, et que c’est vraiment l’état d’esprit de la base qui est défendu.

Pour le moment, ce sont les syndicats professionnels dont la capacité de nuisance est la plus importante qui sont entendus, les autres, notamment ceux des professions libérales risquent de passer à la moulinette pour alimenter le système déficitaire ce qui est injuste.

Il est évident que les régimes spéciaux méritent d’être revus et corrigés, mais pourquoi les attaquer de front, alors qu’il faudrait aménager progressivement leurs soit-disant avantages au cas par cas, en fonction de leur dangerosité réelle, du service rendu, de leur pénibilité physique.

Le cas de la RATP est particulier car ses avantages sont vraiment exorbitants par rapport au service rendu, pourtant c’est peut-être le plus simple à résoudre, car cela concerne seulement Paris. Les nouveaux métros sont automatiques et les bus devraient être remplacés par des minibus moins polluants et plus souples dans la circulation, avec un marché qui pourrait être ouvert à la concurrence du privé. Quant aux avantages financiers des plus anciens, et des nouveaux s’ils méritent d’être prolongés, ils pourraient être compensés directement par la Mairie de Paris qui a les moyens d’utiliser sa fiscalité propre et pourquoi pas une vignette pour pouvoir pénétrer en voiture dans la ville intra-muros comme à Londres, avec en échange une gratuité des transports en commun.

C’est aussi l’organisation de la gouvernance qu’il faut changer car la répartition des responsabilités ministérielles est en soi un facteur d’incompétence.

Édouard Philippe est en première ligne dans cette réforme des retraites et il est évident que si elle aboutit, elle portera son nom, comme par le passé celle de la Santé qui a porté le nom d’Alain Juppé, car ils auront tous les deux assumé la responsabilité politique de ces lois pour lesquelles ils étaient pourtant incompétents.

Il suffit d’écouter nos Ministres pour se rendre compte de leurs véritables compétences. Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé est un simple porte-parole inaudible alors que Muriel Pénicaud, Ministre du Travail , connait ses dossiers et peut en débattre.

Les responsabilités du Ministre des Solidarités et la Santé, qui s’appelait auparavant le Ministre des Affaires Sociales et de la Santé, sont calquées sur l’organisation des branches de  la Sécurité Sociale, alors que ces branches devraient être complètement séparées ce qui faciliterait la transparence et l’efficacité de leur gestion et de leur financement.

Le gouvernement gagnerait en efficacité, si le Ministère de la Santé s’occupait exclusivement de la Santé et éventuellement de tous les domaines qui sont directement liés (alimentation, pollution, prévention, sport….), et si le Ministère du Travail prenait en charge le travail et le chômage, la retraite en aval et la formation professionnelle en amont, avec un vrai Ministère des Affaires Sociales et familiales gérant la famille et toutes ses composantes, ainsi que la pauvreté et les exclusions.

Il va falloir beaucoup d’imagination et de bon sens pour réformer notre société en sortant de cette spirale malsaine des grèves sauvages qui bloquent régulièrement notre pays en lui donnant une très mauvaise réputation internationale, et ce qui est beaucoup plus grave, empêchant toute évolution constructive et provoquant en réaction des révolutions qui peuvent être violentes, avec à chaque fois un risque d’anarchie ou de totalitarisme.

Le seul moyen d’y parvenir est de rétablir une atmosphère de dialogue et de confiance entre tous les partenaires.

Olivier Badelon* – le 13 Janvier 2020

* Docteur en Médecine, Ancien Praticien hospitalier à l’Hôpital Robert Debré, Chirurgien orthopédiste pédiatre, Professeur au Collège de Médecine des Hôpitaux de Paris

Nb : Cet article a été proposé aux journaux d’information sans aucune réponse de leur part.

 

 

 

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