LA DANSE DE St GUY


de Maître Olivier BERNHEIM, Avocat au barreau de Paris

Voilà une spécialité bien française, partagée à parts égales par notre administration et notre classe politique avec une formidable efficacité, proche de la perfection : la danse de St Guy.

Cette valse n’est pas à deux temps, mais se pratique en 3 mouvements, bien marqués, pour tout ce qui ne sort pas directement des cartons de notre administration, avec un A, majuscule de rigueur, un mot qui lui va si bien qu’il commence comme majesté, ce qui doit sans doute aller de soi.

D’abord, on interdit. Avec sanctions à l’appui.

Puis, après un temps d’observation, qui peut se révéler long, on tolère. Du bout des lèvres, avec prudence et circonspection, avec des réserves, en se tordant le nez, au besoin en instituant des normes et modalités qui ne marquent pas par leur simplicité.

Enfin, l’on rend obligatoire. Parfois avec sanctions. En prenant soin de s’enorgueillir du sérieux avec lequel la mesure a été adoptée.

Et la boucle est bouclée.

Mais il y a des variantes agréables à cette danse.

D’abord, c’est inutile. On vous explique doctement, à satiété, experts à l’appui, que ça ne sert à rien.

Puis, l’efficacité n’étant pas officiellement totalement établie, il faut strictement réserver la chose à certains usages limités.

Enfin, tous pourront en disposer après qu’il sera devenu obligatoire d’en user, ou si fortement recommandé que celui qui n’en aura pas sera montré du doigt, éventuellement sanctionné.

Cela vous rappellerait-il quelque chose ?

La danse du masque, bien sûr, un magnifique ballet à la française, interprétation moderne et sublime de la danse de St Guy.

Qui a valu un nouveau discrédit très mérité à Mme NDIAYE, qui de longue date a su, avec un rare talent, ériger le mensonge d’État en vertu de la parole portée, mais se trouve, en l’espèce, en fort bonne compagnie, ce qui ne la sauve pas. La porte-parole n’est en réalité qu’une ministre de la propagande, qui rappelle, jusqu’à la caricature et la nausée, une très sinistre époque. Pas vraiment nouveau monde. Sa maîtrise rare de l’art du mensonge en fait une bonne candidate au Nobel en la matière, même s’il reste à créer.

Ces pas de trois ne seraient rien s’ils ne révélaient le fonctionnement profond de l’administration. Décidément, y mettre une majuscule m’est difficile.

Ces pas de trois ne seraient rien s’ils étaient suivis des révisions déchirantes de politique qu’impose la réalité, ou une erreur d’aiguillage.

Mais au mensonge d’État initial, l’on prend un soin zélé d’ajouter la persistance diabolique dans l’erreur, comme si, une fois le brouet fabriqué, il fallait boire le calice jusqu’à la lie, voire au-delà.

Pour rassurer ou tromper le bon peuple, tous les moyens sont bons : le beau gros mensonge d’État passera d’autant mieux qu’il est énorme. Un exemple pas si ancien a fait école, et sert de viatique à la classe politique : le nuage de TCHERNOBYL ne s’est-il pas arrêté miraculeusement à la frontière suisse ? Et comme ce mensonge aussi honteux que scandaleux ne suffisait pas, cela n’a nullement préjudicié à son auteur, qui a pu poursuivre une brillante carrière politique, jusqu’au sommet de la pyramide. Peut-on trouver meilleur spécimen ? Un homme politique de ses amis, connu pour sa tortueuse habileté, n’avait-il pas théorisé brillamment que les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent ? Comme la recette ne cesse de fonctionner au-delà de toute espérance, pourquoi se gêner ? En plus, aucune sanction n’est encourue par le politicien convaincu de tromperie : rien que du bonheur, c’est tout bénéfice. Il n’encourt nulle responsabilité.

Cela se retrouve dans le cynisme à vomir de tel politicard, dont nul ne doute du très haut sens moral, qui se vante sans vergogne de dire blanc à un auditoire, et noir à l’autre, selon leur composition. Inutile de mettre un nom sur une parka voyante. Mais quand l’honneur de la politique se situe à pareil niveau, la démocratie peut être inquiète.

L’on nous a seriné doctement, début 2020, à l’annonce officielle de l’arrivée du coronavirus, comme en écho à un vieux discours martial, qu’il ne manquait pas un bouton de guêtre… On a vu ! Une vraie débâcle. Comme l’autre fois…C’est ce qu’il faut appeler la constance parfaite de l’administration.

Il n’y avait ni masques, ni tests. Nada !

Pourtant, depuis 10 ans, voire davantage, la possibilité, pour ne pas dire la probabilité, d’une épidémie est identifiée dans de nombreuses études destinées aux « responsables », bien que le mot soit un peu galvaudé, tant au niveau technique que politique. Et la méthode pour y faire face était décrite.

Tout, ou presque, était écrit, identifié, classé. Et rien n’a été fait : auraient-ils besoin de cours du soir pour apprendre la lecture, ces gens qui nous « gouvernent » ?

L’histoire fourmille d’exemples de ce type, que la mémoire légère des peuples insouciants repousse dans les méandres d’un inconscient collectif volontiers atteint de cécité.

Le réveil n’en est que plus brutal.
La crise du coronavirus donne de nouveaux exemples de ces vérités tordues pour rassurer.

Après le négationnisme du masque, non, nous a-t-on dit doctement, le virus ne se transmet pas par l’animal. Il n’y a aucun risque. Aucun.

Mais n’a-t-on pas expliqué d’abord que cette saloperie de virus avait été transmise par une chauve-souris à un pangolin, qui l’avait refilé à un homme ? Par contact, ou par ingestion ? Peut-être le mode de transmission ni la chaîne ne sont-ils pas établis de manière absolument certaine, mais les études semblent montrer que les chauves-souris sont insensibles à ce virus, et les pangolins, qui ne courent pas les rues, quasiment aussi.

Alors comment croire ce nouveau mantra d’une absence de transmission par l’animal ? Ces médecins et scientifiques qui affirment haut et fort que l’animal ne transmet pas à l’Homme mesurent-ils la contradiction du propos, ou nous prennent-ils pour un ramassis de crétins ? Peut-être d’ailleurs n’auraient-ils pas tort, emboitant le pas des politiques qui leur envoient l’ascenseur. Le pari de l’intelligence de l’autre est-il toujours gagnant ?

Pour rester sur la propagation, la transmission au pangolin peut annoncer d’autres transmissions à d’autres mammifères, qui le transmettraient à leur tour.

Sous le feu, l’heure n’est pas aux règlements de comptes. Le combat contre le virus ne peut se révéler victorieux que dans l’union contre un ennemi commun.

En ce sens, les procédures judiciaires lancées précipitamment pour mettre en cause les responsabilités, surtout politiques, relèvent d’une pratique de luxe à bon marché assez déplacée, qui rappelle assez fort la passionnante discussion sur le sexe des anges. Avec le recul, qu’auraient-ils fait en juin 1940 ?

Pour cacher sa carence, le Gouvernement, dont seule Mme NDIAYE ose encore nous infliger qu’il a agi en toute transparence, nous a invité au bal masqué. Pour pallier l’absence de masques, voilà qu’ils sont inutiles. Pour contourner l’absence de tests, au lieu de pouvoir confiner les malades, l’on confine tout le monde.

Ce qui est effrayant, c’est que tout était dans les cartons depuis une bonne dizaine d’années : études, évaluations, mesures à prendre. Des hommes politiques responsables avaient commandé des rapports fort documentés, restés… lettre morte. Car, ce qui tue, mieux que tout virus, c’est la préfectorale, représentante de Dieu sur terre, avec sa morgue insoutenable, sa propension à masquer les réalités, à asséner que tout va très bien Madame la Marquise, à torpiller en sous-main ce qui ne vient pas d’elle.

Pour masquer la faillite de toute cette chaîne, qu’on n’abat pas, mais que l’on devrait mettre hors d’état de nuire, il a fallu affoler les foules par une propagande indigne dont, désormais, le peuple repu nourrit viralement sa propre mutation, en surstressant le déconfinement.

Si, sans céder à l’hystérie de certains, l’on peut éprouver des doutes plus que sérieux sur l’opportunité du maintien du confinement jusqu’au 11 mai, en raison des risques de désastres économiques qu’il a fait courir, avec d’autres lots de malheurs à venir pour trop de gagnants. Le rassemblement et la relance sont désormais une absolue nécessité.

Mais ce qui est plus impératif encore, est de tuer la pratique bien trop répandue du mensonge d’État et la persistance étatico-administrative de maintenir une décision mal venue, sans attendre de s’y trouver contraint par les faits. Avec un tel programme de révision déchirante des pratiques, nos politiciens et la longue chaîne administrative qui les enferme, dont certains devraient être remerciés, dans le sens de prendre le chemin de la porte, ne sont, eux, pas guettés par le chômage. Malheureusement. Car là, c’est le seul point, vous pouvez leur faire une absolue confiance : eux se maintiendront.

Olivier BERNHEIM

Le 8 mai 2020

Pas encore de commentaire... Lancez-vous!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :