Pour une retraite à 65 ans avec une refonte du monde du travail


La politique des petits pas et des demi-mesures choisie par le gouvernement en matière de retraite est une erreur psychologique majeure en cette période de crise économique. La réaction des syndicats et de la population n’aurait pas été plus forte si l’âge légal de la retraite avait été reculé d’emblée à 65 ans lors de la réforme de 2010. C’est bien le choix qui a été fait depuis longtemps par la Suède qui est gouvernée par des socialistes plus réalistes que les nôtres. Son budget est en équilibre.

Il faut bien être conscient que la France est menacée comme toute l’Europe par une véritable récession. L’Italie prend le même chemin que la Grèce. L’Espagne et la France suivront rapidement si les gouvernements ne font pas les choix qui s’imposent.

Le gouvernement français vient de décider d’accélérer la mise en place de la réforme des retraites. L’application de l’âge légal de 62 ans va commencer dès l’année prochaine. En réponse à cette décision, le spécialiste des retraites de la CFDT aurait déclaré que « c’était déjà la réforme la plus violente d’Europe, elle le sera encore plus ». On croit rêver devant une telle déclaration!

En effet, cette accélération va être très progressive avec le recul de l’âge légal d’un seul mois en 2012 pour ceux qui sont nés en 1952, deux mois en 2013 pour ceux qui sont nés en 1953, trois mois en 2014 pour ceux qui sont nés en 1954, et quatre mois en 2015 pour ceux qui sont nés en 1955.

De même, l’application du « taux plein » sera accéléré au même rythme de 65 à 67 ans, même si on n’a pas assez cotisé, ce qui est très injuste pour les femmes par rapport aux hommes.

Par contre les carrières considérées comme longues et pénibles ne seront pas touchées, avec une retraite à 60 ans à taux plein.

Cette accélération va toucher potentiellement 3,2 millions de personnes. Elle devrait permettre d’économiser 4,4 milliards d’euros entre 2012 et 2016, c’est-à-dire à peine 200 millions d’euros en 2012, 500 millions d’euros en 2013, puis 1,2 à 1,3 milliard d’euros par an.

L’application de l’âge légal de la retraite à 60 ans a été un erreur politique fondamentale complétement démagogique et électoraliste. Les chiffres sont là. Il faut les expliquer aux français. Ils sont parfaitement capables de comprendre que la gravité de la crise économique nous demande de faire ce choix maintenant. Le retour à un âge légal de 65 ans est une nécessité et il faut le faire de façon urgente.

L’idéal serait qu’une telle décision soit accompagnée par une véritable refonte du monde du travail, telle que je l’ai proposé dans mon premier article sur la retraite*. Il faut inventer un monde du travail plus souple, plus ouvert, avec un véritable contrat de solidarité entre les générations et entre les sexes. Pour cela, il faut faire évoluer les mentalités en faisant disparaître les séparations et les injustices qui existent entre les femmes et les hommes, entre le travail manuel et le travail intellectuel, entre les catégories sociales, entre les fonctionnaires et les autres. Il faut savoir utiliser l’expérience des plus anciens pour former et encadrer les plus jeunes.

Il est évident que certains métiers sont plus pénibles que d’autres et il faut en tenir compte. La justice serait de permettre à tous les français de bénéficier d’une retraite décente pendant une durée à peu près équivalente, ce qui suppose une véritable évaluation de l’espérance et de la qualité de vie en fonction des métiers exercés. Cela devrait être possible avec les données recueillies par la Sécurité Sociale.

Mes principales propositions pour faire évoluer le monde du travail sont les suivantes :

1 – Valorisation du travail manuel avec une généralisation de l’apprentissage dès l’âge de 16 ans et un vrai retour au compagnonnage, avec des périodes de stages suffisamment longues pour qu’elles puissent être efficaces et rentables pour tous.

2 – Généralisation du travail à temps partiel en alternance pour les étudiants, afin de faire disparaître la barrière sociale des études longues, de mettre les études en adéquation avec le marché du travail et les aptitudes personnelles, et de permettre une cotisation plus précoce pour la retraite.

3 – Création d’un service civil pour tous, d’au moins une année entre 18 et 25 ans, pour répondre aux besoins des régions françaises et promouvoir l’image de la France en Europe ou à l’international avec des missions de coopération.

4 – Amélioration des conditions de travail à temps partiel pour les femmes (ou les hommes) qui élèvent des enfants et pour les fins de carrière, avec des avantages fiscaux pour l’employeur et de retraite pour le travailleur.

5 – Réservation prioritaire des postes sédentaires, surtout dans les services publics, aux travailleurs ayant des métiers physiquement difficiles avec une sélection faite par la médecine du travail.

6 – Autorisation de cumul d’emplois pour tous, en particulier pour les fonctionnaires, à condition de respecter la législation des métiers concernés pour des raisons de sécurité, notamment pour les périodes de repos.

7 – Arrêt des cotisations et revalorisation significative de la retraite pour ceux qui décident de travailler au delà de l’âge légal de la retraite.

8 – Application de l’âge légal de la retraite à 65 ans, d’emblée à taux plein pour tous les français, qu’elle que soit leur durée de cotisation pour ne pas pénaliser les femmes, et au prorata de leur durée de travail en France pour les étrangers.

9 – Évaluation annuelle de cet âge légal selon l’espérance de survie à partir des données de la Sécurité Sociale pour lisser l’effort nécessaire sur les générations et pour éviter les conflits sociaux.

10 – Diminution conséquente et globale de la fiscalité du travail avec suppression de la défiscalisation des heures supplémentaires et des 35 heures, avec un salaire au prorata du temps travaillé pour récompenser ceux qui travaillent le plus et une réelle bonification du travail fait la nuit et pendant les jours fériés dans toutes les professions.

Ces mesures découlent du bon sens. Elles reposent sur un sentiment de justice. Le travail est une nécessité impérieuse pour nous tous. C’est aussi la meilleure façon de vivre en société. Il faut le rendre attractif et permettre à tous d’évoluer au cours d’une vie professionnelle en fonction de ces capacités.

Merci de réagir à ces propositions

Olivier Badelon

* Références : http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/social/221130924/un-vrai-contrat-de-solidarite-pour-la-retraite

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