Un vrai contrat de solidarité pour la retraite


 

Le débat sur les retraites est fondamental pour l’avenir de notre société, mais il est centré sur l’âge de la retraite ce qui est tout à fait insuffisant.

Si nous continuons ainsi, il est probable que les jeunes générations refuseront de payer pour les plus anciens, et cela sera la porte ouverte à l’euthanasie organisée sous le couvert d’une politique populiste plus ou moins totalitaire, qu’elle soit de droite ou de gauche.

Les progrès de la médecine et de la prévention des accidents de la vie ont considérablement augmenté la longévité et la qualité de vie pour toutes les catégories sociales, avec une augmentation considérable des dépenses pour les personnes âgées dépendantes, qui ne fera que s’aggraver. Il est évident qu’il faudra augmenter la longueur de la vie professionnelle et l’importance des cotisations si l’on veut sauver notre système de retraite par répartition mais cela ne suffira pas.

Il ne pourra continuer que s’il y a un renouvellement de population suffisant, ce qui n’est plus le cas depuis longtemps, même si la natalité française est l’une des plus importantes d’Europe. L’immigration n’est pas une solution car la natalité de la deuxième génération est équivalente à la moyenne nationale.

Il n’est pas question d’empêcher les femmes de travailler, bien au contraire. Il faut certainement les rémunérer de la même façon que les hommes, à travail et à compétence équivalente. Il faut aussi proposer un système qui les aide à avoir des enfants avant 35 ans, afin d’avoir des enfants en bonne santé car les risques augmentent au-delà, et afin d’atteindre, et si possible dépasser la moyenne de 3 enfants par femme. Il faut les protéger en cas de divorce si elles ont sacrifié leur carrière professionnelle pour élever leurs enfants. Il faut récompenser les « familles nombreuses ».

La retraite à 60 ans a été une erreur, tout aussi catastrophique que les 35 heures. Les responsables politiques qui les défendent sont des irresponsables qui jouent avec la crédibilité des électeurs.

Il faut faire diminuer le chômage, mais l’objectif premier devrait être de récupérer le maximum de cotisations sociales par le fruit du travail déclaré, tout en récompensant ceux qui travaillent plus que les autres par une rémunération et une retraite plus importantes. Il faut faire disparaître le travail au noir qui a proliféré.

Il est évident que, avec le système actuel, il faudrait au minimum revenir à la retraite à 65 ans. Le choix de 62 ans est une erreur politique, comme l’a été le bouclier fiscal qui n’aurait jamais eu besoin d’exister si l’ISF avait été supprimée. Ce choix va de toute façon déclencher une réaction de rejet des syndicats et des partis de gauche, alors qu’elle n’aurait pas été moindre si cela avait été 65 ans, à moins que tout ce petit monde se soit déjà mis d’accord.

En fait, le calcul de l’âge de la retraite est très simple à faire avec les chiffres dont dispose la Sécurité Sociale, mais il est très difficile à appliquer en gardant le système actuel qui est profondément injuste. La pénibilité de certains métiers est évidente, mais son estimation doit être objective et ne doit pas dépendre du pouvoir de nuisance des syndicats qui veulent protéger des avantages acquis complètement obsolètes pour une minorité au détriment de l’intérêt général.

Certains métiers permettent d’avoir une évolution dans leur pratique tout au long d’une vie professionnelle. D’autres ne le permettent pas, alors que les capacités physiques diminuent avec l’âge et que certains métiers entraînent des maladies professionnelles invalidantes. En fait il faudrait utiliser au mieux l’énergie physique des plus jeunes qui devraient être plus sur le terrain, dans les postes les plus difficiles, et l’expérience des plus anciens dans l’enseignement et l’encadrement, dans les postes sédentaires d’accueil, de bureau, de contrôle.

Il faut absolument inventer un monde du travail plus souple, plus ouvert, avec un véritable contrat de solidarité entre les générations et entre les sexes. Pour cela, il faut faire évoluer les mentalités en faisant disparaître les séparations et les injustices qui existent entre les femmes et les hommes, entre le travail manuel et le travail intellectuel, entre les catégories sociales, entre les fonctionnaires et les autres.

PROPOSITIONS

Il faudrait commencer par reconnaître l’importance de la « femme au foyer » en lui donnant une retraite complète et en valorisant celles qui ont des enfants.
– Les femmes devraient bénéficier de la retraite de leur mari avec un taux progressif à partir de 10 ans de vie commune et un taux maximal au bout de 40 ans, même quand elles n’ont pas eu de travail rémunéré, à condition que les cotisations soient calculées en conséquence.
– Il faudrait donner un salaire à toute personne élevant un enfant en bas âge ou plusieurs enfants plus grands à temps plein, puis la moitié en cas de travail à mi-temps, ceci quelque soit le salaire du conjoint.
– En plus, il faudrait donner à cette personne la possibilité de recevoir un salaire complémentaire de son conjoint, à condition que les cotisations sociales en rapport soient déductibles du revenu global du ménage.
– De la même façon, tous les frais de garde devraient être déductibles en totalité afin de faciliter le retour au travail.
– Enfin, en cas de divorce, il faudrait que les « cadeaux » ne puissent pas être remis en question et que tous les biens acquis lors de la vie commune soient systématiquement partagés en deux, ceci avant toute négociation de prestation compensatoire, quelque soit le contrat de mariage et le payeur. Il faudrait aussi que si le mari quitte la France, il soit obligé de pourvoir à la protection sociale et à la retraite de sa femme.

Il faudrait valoriser le travail manuel par l’introduction des travaux pratiques à l’École, au même titre que les activités sportives et artistiques. Ils devraient tous être fait l’après-midi, de façon adaptée au voisinage, en réservant le matin aux matières intellectuelles. C’est le meilleur moyen pour sauver le savoir faire de nombreux métiers qui est en train de disparaître et pour orienter les élèves en fonction de leurs capacités et des besoins.

Cela devrait continuer dans les études supérieures en favorisant le travail à temps partiel, avec des études le matin, et une véritable activité professionnelle l’après-midi qui soit rémunérée, avec des cotisations sociales et un gain en points de retraite. C’est le meilleur moyen pour faire sauter l’obstacle social des études universitaires toujours longues et aboutissant trop souvent à un chômage par une inadéquation avec le marché du travail.

Il faudrait étendre le service civique à tout le monde, quelque soit le sexe et le métier, pour une période de 18 mois, tel que je l’ai connu il y a 35 ans en exerçant la chirurgie à la Réunion. Il serait pris en compte dans le calcul de l’ancienneté pour la rémunération et la retraite. Cette période pourrait être laissé au choix, depuis la sortie du lycée ce qui permettrait à certains d’acquérir un métier, jusqu’à la fin des études supérieures ce qui permettrait de combler les déserts professionnels dans le territoire national, et de promouvoir l’image de la France en Europe et dans le Monde.

Il faudrait mettre les plus jeunes sur le terrain et réserver en priorité les postes sédentaires, en particulier dans les administrations publiques, aux handicapés, aux malades chroniques et aux personnes les plus âgées avec une limite inférieure d’âge variable en fonction de la pénibilité du travail antérieur, qui pourrait être de 40 à 50 ans.

Pour cela, la médecine du travail devrait encore être améliorée, avec une véritable stratégie de prévention et d’orientation professionnelle, en scolaire dès le secondaire, et pendant toute la vie active jusqu’à la retraite.

D’une façon générale, il faudrait favoriser le travail à temps partiel et les cumuls d’emploi, dans les limites de sécurité des professions concernées, en autorisant tous les salariés, notamment les fonctionnaires, à travailler en dehors de leur emploi principal, avec des cotisations sociales supplémentaires et des points retraites à taux plein. Cela permettrait un désenclavement du monde des fonctionnaires et une meilleure évolution des carrières, sans limite d’âge obligatoire pour ceux qui désirent continuer à travailler.

Il faudrait favoriser l’entraide familiale vers les plus âgés au stade de la dépendance par une déduction fiscale complète du revenu des frais de personnel accompagnant à domicile. Cela concernerait aussi bien la population active que les jeunes retraités.

De la même façon, il faudrait récompenser les parents de familles nombreuses aux deux extrêmes de la vie de famille, en leur donnant une part par enfant pour l’impôt sur le revenu jusqu’à l’âge de 21 ans comme autrefois, et en leur redonnant cette part lors de leur retraite. Pour cette raison, ils mériteraient aussi la prolongation ad vitam de la carte de famille nombreuse dès le troisième enfant.

CONCLUSION

Chacune de ces mesures mérite une discussion qui dépasse aussi bien les clivages politiques, que les positions corporatistes et syndicales. Il est essentiel de les envisager ensemble car elles sont complémentaires.

Elles reposent sur une logique de justice et de solidarité entre les sexes et les générations, et sur une volonté de favoriser la progression sociale. Elles permettraient le brassage des couches sociales à tous les niveaux, avec une garantie de récompense aux plus méritants d’entre nous, sans pour autant sacrifier les plus démunis par la vie. Elles permettraient d’assouplir le marché du travail et de diminuer le chômage en développant les métiers de service à la personne.

Elles permettraient une meilleure intégration du système français à la Communauté européenne en servant d’exemple, car il faudra bien harmoniser les systèmes fiscaux et sociaux de tous les pays européens. Il vaut mieux que nous prenions les devants.

Olivier Badelon

http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/social/221130924/un-vrai-contrat-de-solidarite-pour-la-retraite

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